mercredi 23 août 2017

Moi, moche et méchant 3

Eh oui, on a cédé aux sirènes du marketing qui nous proposent toujours des suites et des suites à des films sympas qui en deviennent lassants (cf. Shrek). Si celle ci n'est pas trop mal, c'est surtout grâce au méchant issu des années 80 qui trimballe ses références avec lui, Balthazar Bratt. 
Gru est devenu agent secret, avec Lucie, et veille sur les trois filles. Fini la vilenie, les gros engins et les minions. Place à la vie de famille tranquille. Mais ce n'est pas trop le trip des minions qui se cherchent un nouveau méchant... Et puis, les forces secrètes ne pardonnent pas les échecs de Gru et le caractère ardent de Lucie. Tchao le boulot ! Dans la foulée, Gru se découvre un frère jumeau ignoré, éleveur de cochons, qui rêve de devenir un super méchant. Le scénario est en place, il ne reste qu'à dérouler !

Un film amusant et sympa, parfait pour garder la tête en vacances.

vendredi 18 août 2017

Guide des égarés

J'ai l'impression que, d'années en années, Jean d'Ormesson écrit toujours le même livre. Un livre qui se veut un essai, qui flirte avec la philo, la littérature, l'histoire, les sciences mais toujours comme un amateur éclairé, sans rien fouiller vraiment. Et j'ai l'impression qu'il ressasse toujours les mêmes exemples. On est loin du souffle romanesque de l'Histoire du Juif errant ou de la Douane de mer

En toute simplicité, notre auteur tente de répondre à la question de l'existence : que fait-on là ? D'où venons-nous? Où allons-nous ? Et cela en 29 points ! Les voici : l'étonnement, la disparition, l'angoisse, le secret, l'énigme, le mystère, les nombres, la science, l'espace, la matière, l'air, l'eau, la lumière, le temps, la pensée, le mal, la liberté, la vie, la mort, le plaisir, le bonheur, la joie, l'histoire, le progrès, la justice, la beauté, la vérité, l'amour, Dieu.

Ce n'est pas désagréable à lire mais un peu fade, un peu remâché, sans rien qui fait trembler ou s'interroger...


mercredi 16 août 2017

La cucina d'Ines

Ce petit live de Philippe Fusaro illustré par Albertine retrace une rencontre. Celle de Philippe avec Ines, lorsqu'il passe une année dans les Pouilles. Fils d'italien, il se souvient avoir beaucoup cuisiné avec son père et sa grand mère. Lors de son année italienne, c'est avec sa voisine Ines qu'il se remet à la cuisine. Méfiante, elle commence par le nourrir avant de lui donner des conseils et de se mettre en cuisine avec lui.

Après quelques pages sur leur amitié et leurs moments culinaires, l'auteur nous livre quelques recettes alléchantes, écrites avec humour et volubilité ! 

Un petit ouvrage qui donne envie de voyager.

lundi 14 août 2017

Artistes sans art ?

Cet ouvrage de Jean-Philippe Domecq est lu depuis des mois. Je n'avais toujours pas pris le temps de vous en parler. Il est composé de diatribes contre l'art contemporain. Il propose une critique de cet art qui n'a plus de limites, qui prend tout l'espace du monde et appelle à se méfier : nous ne serions pas dans une énième querelle des Anciens et des Modernes mais dans une crise artistique plus profonde. Une crise de la pensée, une bulle intellectuelle et spéculative. 

Jean Dubuffet, La rue, 1980

Voici comment se divise l'ouvrage : 

I. L'art contemporain contre l'art moderne
Et si le fait d'avoir raté Van Gogh justifiait le prix fou de ses toiles aujourd'hui ? Et si cette sacralisation tentait de rattraper l'indifférence initiale ? Et si l'on avait désormais peur de rater le prochain Van Gogh ? Est-ce pour cela qu'on sacralise tant d'artistes sur le simple critère de la nouveauté de leur œuvre ? Et là, on casse du Warhol. Et du Buren.

"Le rire sanguin que le fasciste oppose à l'art moderne a un antécédent historique que l'idéologie moderniste cultive précieusement dans ses pages de gloire. C'est en 1863, au Salon des Refusés, la foule s'esclaffant devant le Déjeuner sur l'herbe, et par la suite refusant les œuvres que l'histoire de l'art retiendra parmi les plus significatives de l'époque [...] Ce rire symbolisa, jusqu'à nos jours, le divorce entre le public et l'innovation artistique, divorce dont les avant-gardes artistiques ensuite se firent une gloire, un devoir, et un critère systématique. La rhétorique moderniste s'est servie de ce réflexe populaire, en effet significatif d'une constante, pour congédier d'avance toute réaction critique face aux productions de l'art moderne". 
 
II. Quand la signature s'est mise à suffire
Les critiques d'art ont aussi leur responsabilité dans la course à la nouveauté, faisant la pluie et le beau temps sur la valeur commerciale des artistes et de leurs œuvres. On parle d'impératif néomaniaque (oui, c'est un peu effrayant). Il est aussi question de tout l'arsenal spéculatif de l'art, qui prend presque le pas sur les œuvres et impose une hiérarchie nouvelle : c'est initialement l’œuvre qui prime sur le discours. 

III. De l'expérimentalisme et de l'invention
L'art du début du XXe se construit autour de révoltes de fond, qui multiplient les avant-gardes. Mais elle tend ensuite à devenir le principe d'innovation, il faut être en rupture, même s'il n'y a pas de fond derrière. Parmi ceux qui trouvent grâce aux yeux de Domecq, qui construisent leur art en intériorisant les avant-gardes sans en faire un indispensable, il y a Giacometti ou Hopper par exemple, à qui l'auteur consacre un joli chapitre. 

Un ouvrage critique intéressant quoi que parfois répétitif, qui questionne sur notre appréhension de l'art moderne. 

jeudi 10 août 2017

La bibliothèque, la nuit

Expo visitée peu avant sa fermeture à la BNF.

Avec un titre pareil, j'aurais eu du mal à laisser passer cette expo. Il faut dire que malgré le peu de lectures que j'ai pu faire de Manguel, j'en garde un souvenir ébloui. Et puis les histoires de bibliothèques, ça me plait ! J'ai trouvé l'expo un peu courte mais néanmoins intéressante, plus dans la forme que dans le fond.

La première salle expose des objets en rapport avec la bibliothèque comme espace de classement, espace architectural, espace de rêves. On découvre de jolis ex-libris, quelques maquettes étonnantes, des plans, des œuvres contemporaines. A vrai dire, ça fait un peu salle d'attente améliorée. 

Car l'on attend que s'ouvre la porte de la bibliothèque de Manguel. Enfin, l'une de ses bibliothèques, en France. On entre, on explore les rayons, on s'étonne de certains titres, de la diversité des thèmes... Puis on est plongé dans l'obscurité et la voix de Manguel nous introduit à quelques secrets du lieu. Là, je déplore que cela soit si court. Il y a tant à explorer. Mais il faut suivre le rythme, d'autres certainement attendent.

Une porte dérobée s'ouvre et l'on entre dans une forêt. Des bureaux de la BNF avec leur siège et lampe. Des personnes installées dans les sièges, avec un masque, tournent sur elles-mêmes, bougent lentement la tête. C'est un peu effrayant. Chacun est dans son monde. Et les arbres et les feuilles les contemplent. Et l'on s'assoit à son tour et l'on se coiffe de ces lunettes et de ce casque pour s'immerger dans 10 bibliothèques que nous allons visiter virtuellement, restant toujours au centre de l'image et pouvant explorer l'espace environnant à 360°. La voix de Manguel nous raconte une anecdote, un événement, un peu de cette bibliothèque réelle, imaginaire ou disparue. D'Alexandrie, au Nautilus en passant par Sarajevo, chacune nous dit un peu de la volonté de comprendre ou de maîtriser le monde. 10 immersions, plutôt belles et originales, voyages dans le temps et l'espace. 

Une expo qui m'a laissée un peu sur ma faim, et un peu sonnée. Certes, j'avais pris en compte la composante virtuelle, mais c'est vraiment elle qui est au cœur de l'expérience. Et ce n'est pas ce qui m'éclate le plus. Je reste frappée par la solitude de chacun dans sa visite, dans son masque, et de la joie de parler à la médiatrice en sortant de la visite. 

Pour rester avec Manguel, il y a son Histoire de la lecture
 

lundi 7 août 2017

La colombe

Roman court ou nouvelle de Dumas, cette lecture fut tout à fait charmante.

Stilman BeatriceAprès des jours d'absence, Iris, la colombe d'une jeune nonne, retrouve son foyer. Mais elle a à la patte une lettre qui explique sa disparition. Une correspondance commence entre un jeune frère et la nonne. Tous deux se sont cloitrés pour fuir une histoire d'amour douloureuse. Hélas, la correspondance n'est pas le meilleur moyen pour sortir du monde et notre colombe est bien mise à contribution... 

Jusqu'au jour où les nouveaux amis décident de se révéler mutuellement leur identité. Je vous laisse la surprise, même si on sent venir la révélation. C'est alors une nouvelle partie qui se joue, toujours autour de notre jolie colombe.

Héroïsme, amour blessé, correspondance, il y a de tout pour faire de cette histoire une romance d'été sympathique et pas mal écrite. Le suspense n'est pas trop lourd et le happy-end pointe son nez. De la chick-lit à la Dumas.


vendredi 4 août 2017

Mystère rue des Saints-Pères

Ce polar de Claude Izner patientait dans ma PAL depuis des plombes. Ayant décidé de m'atteler à la montagne, il a fait partie des premiers à changer de pile. Sympa pour son ambiance, pas dingue pour son intrigue, il sera parfait sur la plage.

1889, l'expo universelle bat son plein et l'on inaugure la Tour Eiffel. Parmi les badauds, Victor Legris et Kenji Mori, tous deux libraires. Ils ont rendez-vous avec Marius Bonnet et sa fine équipe du Passe-Partout. Parmi les journalistes, une belle dessinatrice, Tasha, ensorcelle Victor. Rapidement, un drame distrait son attention, une femme s'écroule, piquée au coup. Abeilles tueuses ? Crime farfelu ? Tout aurait pu s'arrêter là. Mais d'autres morts étranges se succèdent à l'expo universelle. Heureusement, Victor est sur le coup... Enfin, quand il ne rêve pas de Tasha.


Ce que j'ai préféré de ce livre reste Paris et son air de fête, les merveilles de l'expo, les quartiers si divers entre la rue des Saints-Pères et le coin de Tasha, les courses incessantes de Victor.. Et bien sûr, la librairie, où Joseph travaille plus que nos deux libraires réunis. Mais le lieu ne fait pas tout, les personnages auraient mérité un peu plus de soin ainsi que l'intrigue, finalement très simple et sans intérêt.

mercredi 2 août 2017

Le maitre ignorant, cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle

Mes dernières lectures ont plutôt été assez spécialisées. Je m'en excuse d'avance auprès de mes lecteurs, qui attendent peut-être plus de détente avec les beaux jours. 

Jacques Rancière propose avec cet ouvrage la mise en lumière de Joseph Jacotot, qui postule l'égalité des intelligences. 

En 1818, Joseph Jacotot enseigne à l'université de Louvain. Il utilise le Télémaque de Fénelon pour enseigner le français. Comme il ne connait pas le flamand, il ne peut rien expliquer. Il se contente de donner des parties du livre, en version bilingue, à lire aux élèves. Eux doivent résumer ce qu'ils comprennent. Et ils comprennent et écrivent un bien joli français. Voilà qui étonne ! Le maître n'a donc plus besoin d'aider l'élève à comprendre et de mettre une distance entre comprendre et apprendre. C'est au contraire une méthode pour abrutir les hommes... Et de développer cette théorie et ses conséquences politiques.

Une lecture intéressante mais sur laquelle je n'ai que peu à dire. Je n'ai aucune idée de comment fonctionne le processus d'apprentissage et la justesse de l'analyse m'est difficile à analyser. Je vous laisse avec des extraits. N'hésitez pas, pour ceux qui en savent plus, à me laisser vos avis/idées ci-dessous.
"Il faut dire plus précisément qu'il divise l'intelligence en deux. Il y a, dit-il, une intelligence inférieure et une intelligence supérieure. La première enregistre au hasard des perceptions, retient, interprète et répète empiriquement, dans le cercle étroit des habitudes et des besoins. C'est l'intelligence du petit enfant et de l'homme du peuple. La seconde connaît les choses par les raisons, elle procède par méthode, du simple au complexe, de la partie au tout. C'est elle qui permet au maître de transmettre ses connaissances en les adaptant aux capacités intellectuelles de l'élève et de vérifier que l'élève a bien compris ce qu'il a appris. Tel est le principe de l'explication. Tel sera désormais pour Jacotot le principe de l'abrutissement."
"Mais aussi l’intelligence qui leur avait fait apprendre le français dans Télémaque était la même par laquelle ils avaient appris la langue maternelle : en observant et en retenant, en répétant et en vérifiant, en rapportant ce qu’ils cherchaient à connaître à ce qu’ils connaissaient déjà, en faisant et en réfléchissant à ce qu’ils avaient fait. Ils étaient allés comme on ne doit pas aller, comme vont les enfants, à l’aveuglette, à la devinette. Et la question se posait alors : est-ce qu’il ne fallait pas renverser l’ordre admis des valeurs intellectuelles ? Est-ce que cette méthode honnie de la devinette n’était pas le vrai mouvement de l’intelligence humaine qui prend possession de son propre pouvoir ? Est-ce que sa proscription ne signait pas d’abord la volonté de couper en deux le monde de l’intelligence ? "
"Elle était une autre voie, celle de la liberté, cette voie que Jacotot avait expérimentée dans les armées de l’an II, la fabrication des poudres ou l’installation de l’École polytechnique : la voie de la liberté répondant à l’urgence de son péril, mais aussi bien celle de la confiance en la capacité intellectuelle de tout être humain."
"L’expérience lui sembla suffisante pour l’éclairer : on peut enseigner ce qu’on ignore si l’on émancipe l’élève, c’est-à-dire si on le contraint à user de sa propre intelligence. Maître est celui qui enferme une intelligence dans le cercle arbitraire d’où elle ne sortira qu’à se rendre à elle-même nécessaire. Pour émanciper un ignorant, il faut et il suffit d’être soi-même émancipé, c’est-à-dire conscient du véritable pouvoir de l’esprit humain."
"La méthode socratique de l'interrogation qui prétend conduire l'élève à son propre savoir est en fait celle d'un maître de manège : "il commande les évolutions, les marches et les contremarches. Quant à lui, il a le repos et la dignité du commandement pendant le manège de l'esprit qu'il dirige. De détours en détours, l'esprit arrive à un but qu'il n'avait même pas entrevu au moment du départ. Il s'étonne de le toucher, il se retourne, il aperçoit son guide, l'étonnement change en admiration et cette admiration l'abrutit. L'élève sent que, seul et abandonné à lui-même, il n'eût pas suivi cette route""
"La déraison sociale trouve sa formule ramassée dans ce qu'on pourrait appeler le paradoxe des inférieurs supérieurs : chacun y est soumis à celui qu'il se représente comme inférieur, soumis à la loi de la masse par sa prétention même à s'en distinguer."

lundi 17 juillet 2017

Les quatre fleuves

J'ai eu la joie de découvrir un Vargas un peu différent de ceux que je connaissais. Ici, il s'agit d'un roman graphique, presque d'une bande dessinée en collaboration avec Edmond Baudoin. 

On reste dans l'univers familier du polar et Adamsberg est au rendez-vous. Il ne ressemble pas du tout au Adamsberg de mon imagination. Danglard non plus. Mais tant pis. Par contre, l'enquête est sympa. Plus courte que d'habitude, certainement à cause du format mais pas moins palpitante ! 

Grégoire et Vincent organisent souvent des vols à la tire et autres magouilles. Mais cette fois-ci, ils s'attaquent à un poisson trop gros pour eux. Dans le sac du vieux qu'ils ont bousculé, il y a pas mal de trucs louches. Astrologie, magie noire et compagnie. Et Vincent se fait descendre. Grégoire tourne un peu trop près de l'immeuble de Vincent, ce n'est pas prudent. Et Adamsberg le repère. Il faut dire que Grégoire ne passe pas inaperçu avec ses rollers et ses cannettes de bière, qu'il ramasse pour son père. Lequel les utilise pour reproduire la fontaine des quatre fleuves du Bernin. Dans son jardin.

Bref, tout le monde est un peu tapé chez Vargas. Surtout les meurtriers. Et celui-là, il est possible que ce ne soit pas un vieux inoffensif mais Le Bélier, tueur en série qui signe ses crimes d'un joli bélier... Bref, ça craint pour Grégoire car Adamsberg a beau sentir les trucs, il n'est toujours pas d'une vivacité qui permette de tout contrer...

Très chouette cette collaboration entre Vargas et Baudoin, une bonne lecture pour se détendre cet été. 

Bernin, 4 fleuves, rome

vendredi 7 juillet 2017

Lucrèce Borgia

Dernière représentation au Théâtre 14 avec Emmanuel Dechartre, Frédérique Lazarini, Didier Lesour, Marc-Henri Lamande, Louis Ferrand, Hugo Givort, Clément Heroguer, Pierre-Thomas Jourdan, Kelvin Le Doze et Adrien Vergnes. 

Rien de tel qu'un drame de Hugo pour clôturer l'année ! Une pièce portée par de très bons comédiens, mention spéciale à Frédérique Lazarini, même si elle a tendance à en faire un peu trop. Zéro mise en scène, usage intéressant de la musique, heureusement, il y avait des comédiens !

Le drame, vous le connaissez sans doute : Gennaro est un soldat de hasard, qui ne connait pas les siens. Il vit avec des amis qui ont tous perdu un parent par la malice des Borgia. Alors qu'ils sont à Venise, Gennaro et Lucrèce Borgia (masquée et présente comme par hasard) s'entretiennent de la mère disparue de Gennaro. Mais le groupe la reconnait et la nomme à Gennaro.
On passe ensuite à Ferrare, ville de Lucrèce, où nos jeunes gens ont à faire. Gennaro insulte la duchesse et est arrêté. Lucrèce le sauve. Mais elle condamne ses amis. Et tout cela se finit bien mal. Oui, parce que Gennaro n'envisage pas une seconde que Lucrèce s'int
éresse à lui pour d'autres raisons qu'un amour adultère.

Une représentation très chouette, qui sert le drame, qui exagère parfois trop les effets mais te laisse pantelant et questionné. Plutôt bon signe !


mercredi 5 juillet 2017

Un ethnologue dans le métro

Petit livre de Marc Augé qui se lit bien, il plaira certainement aux parisiens qui me lisent. Attention cependant, c'est parfois un peu décousu.

Metro parisien
La première partie, qui s'intéresse notamment aux "Mémoires" que nous avons du métro m'a semblé la plus abordable et la plus sympa. J'ai particulièrement apprécié de lire combien le métro illustrait une partie de nos histoires :
"C'est bien un privilège parisien que de pouvoir utiliser le plan du métro comme un aide-mémoire, un déclencheur de souvenirs, miroir de poche où viennent se refléter et s'affoler un instant les alouettes du passé [...] Certaines stations de métro sont suffisamment associées à des périodes précises de ma vie, néanmoins, pour qu'y penser ou en rencontrer le nom puisse m'être l'occasion de feuilleter mes souvenirs comme un album de photos"

"Les lignes de métro, comme celles de la main, se croisent ; non seulement sur le plan où se déploie et s'ordonne l'entrelacs de leurs parcours multicolores, mais dans la vie et la tête de chacun"

"La majorité des parcours singuliers dans le métro sont quotidiens et obligatoires. On ne choisit pas de les garder ou non en mémoire : on s'en imprègne, comme du souvenir de son service militaire"

"Tel nom de station qui ne fut longtemps pour nous qu'un nom comme un autre, repère convenu dans une série invariable, a pu soudain revêtir une signification sans précédent, symbole d'amour ou de malheur"

Les parties suivantes, intitulées "Solitudes" et "Correpondances", et qui s'intéressent à l'altérité dans le métro, s'interrogent sur le "fait social" qu'est le rituel de prendre le métro, questionnent Marcel Mauss, m'ont moins parlé.
"La lecture y occupe encore une grande place [...] sous la forme de bandes dessinées ou de romans sentimentaux comme ceux de la série Harlequin. Ainsi, l'aventure, l'érotisme ou l'eau de rose se déversent dans les cœurs solitaires d'individus qui s'appliquent avec une constance pathétique à ignorer leur entourage sans rater leur station"
 Dommage que la moitié du livre soit finalement si abstraite, si peu liée au métro, mais s'inquiète plus de débats ethnologiques et de positionnement que de rendre son propos limpide.

lundi 3 juillet 2017

A room of one's own

Je terminerai ce mois anglais sur un essai de Virginia Woolf qui patiente depuis bien longtemps dans ma LAL. C'est un ensemble de conférences sur le sujet "women and fiction" ordonnées dans ce petit traité. La thèse de Virginia ? Il faut une pièce pour soi, que l'on peut fermer à clé, et 500 livres de rente pour qu'une femme puisse écrire.

Toutes les conférences ne m'ont pas intéressée de la même façon et j'ai trouvé le propos parfois redondant mais l'ensemble dessine une analyse passionnante de la condition des femmes, de leur accès à l'éducation et à l'écriture. Un essai féministe, qui ne manque pas d'ironie, à l'égard des hommes comme des femmes.

On commence d'abord par suivre une femme dans ses activités quotidiennes, un peu comme on a pu suivre Clarisse Dalloway. On voit ce qui est admis et ce qui ne l'est pas. Dans le cadre d'une université fictive, Oxbridge... Et entrer à la bibliothèque n'en fait pas partie. Qu'à cela ne tienne, il y a celle du British Museum. Où la majorité des livres sont écrits par des hommes. Oui, même -voire surtout - lorsqu'il est question de femmes. 

Mais là où l'on entre dans le vif du sujet, c'est lorsque Virginia touche à Shakespeare et à Jane Austen. Elle imagine le tragique destin d'une sœur de Shakespeare. Et elle s'étonne de la force d'une fille de pasteur, qui a pu écrire au milieu d'un salon bruyant. Le chapitre sur les Bronte, Austen et Eliott est de loin celui qui m'a le plus plu. Je me suis délectée des images que Virginia nous propose et de l'innovation étonnante de ces bas-bleus. Par contre, elle aurait pu faire une petite place à d'autres dames, plus antiques comme Sappho, plus précieuses comme Mme de Scudéry ou Mme de Lafayette.

Enfin, elle s'attaque au cœur même du travail de l'écrivain, proposant que la qualité n'émane pas du sexe de l'auteur mais plutôt de sa capacité à se fondre entre eux. L'écrivain idéal est androgyne. C'est finalement ces derniers chapitres que je retiendrai. Virginia se demande si l'argent n'est pas plus important que le droit de vote pour les femmes. Je vous laisse réagir. Elle invite aussi à dépasser cette opposition entre hommes et femmes pour ne laisser paraitre que l'écrivain. Et invite tout un chacun à prendre un stylo, sans se soucier des résultats, simplement pour le plaisir d'écrire.

Comme souvent quelques extraits de la lecture :
"No force in the world can take from me my five hundred pounds. Food, house and clothing are mine forever. Therefore not merely do effort and labour cease, but also hatred and bitterness. I need not hate any man; he cannot hurt me. I need not flatter any man; he has nothing to give me. So imperceptibly I found myself adopting a new attitude towards the other half of the human race".

"'Women live like Bats or Owls, labour like Beasts, and die like Worms...'" 

"In those words she puts her finger exactly not only upon her own defects as a novelist but upon those of her sex at that time. She knew, no one better, how enormously her genius would have profited if it had not spent itself in solitary visions over distant fields; if experience and intercourse and travel had been granted her. But they were not granted; they were withheld; and we must accept the fact that all those good novels, VILLETTE, EMMA, WUTHERING HEIGHTS, MIDDLEMARCH, were written by women without more experience of life than could enter the house of a respectable clergyman; written too in the common sitting-room of that respectable house and by women so poor that they could not afford to buy more than a few quires of paper at a time upon which to write WUTHERING HEIGHTS or JANE EYRE". 

"Speaking crudely, football and sport are 'important'; the worship of fashion, the buying of clothes 'trivial'. And these values are inevitably transferred from life to fiction. This is an important book, the critic assumes, because it deals with war. This is an insignificant book because it deals with the feelings of women in a drawing-room". 

"It was strange to think that all the great women of fiction were, until Jane Austen's day, not only seen by the other sex, but seen only in relation to the other sex. And how small a part of a woman's life is that; and how little can a man know even of that when he observes it through the black or rosy spectacles which sex puts upon his nose". 

"Thus, when one takes a sentence of Mr B into the mind it falls plump to the ground--dead; but when one takes a sentence of Coleridge into the mind, it explodes and gives birth to all kinds of other ideas, and that is the only sort of writing of which one can say that it has the secret of perpetual life". 

"'The poor poet has not in these days, nor has had for two hundred years, a dog's chance...a poor child in England has little more hope than had the son of an Athenian slave to be emancipated into that intellectual freedom of which great writings are born.' That is it. Intellectual freedom depends upon material things. Poetry depends upon intellectual freedom. And women have always been poor, not for two hundred years merely, but from the beginning of time. Women have had less intellectual freedom than the sons of Athenian slaves. Women, then, have not had a dog's chance of writing poetry. That is why I have laid so much stress on money and a room of one's own".


mercredi 28 juin 2017

Towards zero

Un mois anglais sans Agatha, est-ce possible ? Et contrairement à l'an dernier, j'ai pioché un bon cru, en tous cas, à mes yeux. 

La construction y est pour quelque chose avec une mise en place peut être plus complexe que d'habitude, à la fois autour d'un Mr MacWhirter, qu'on ne retrouve qu'au dénouement, ce qui rend le procédé un peu mal amené, de Battle, de Scotland Yard, qui a quelques problèmes familiaux, de l'assassin qui tend ses filets, etc.

Puis l'on rentre dans le vif du sujet avec Neville et Kay Strange. Ceux-ci prévoient de passer quelques jours dans une maison de famille où Neville a grandi, auprès de Lady Tressilian. Mais à la période où Audrey Strange, première épouse de Neville, a l'habitude de venir. Cela crée vite une ambiance invivable entre allusions et jalousies. Neville veut-il rester avec Kay ou revenir auprès d'Audrey ? Tout le monde se le demande... et a son avis sur la question. Mais avant la fin du séjour, les choses prennent un tour plus dramatique qu'un simple triangle amoureux. Lady Tressilian est retrouvée morte, le crane fracturé. Personne n'est entré ou sorti. Qui est le coupable ? La gentille dame de compagnie, le pupille, l'ami, l'épouse ou l'ex ?

Battle est sur le coup avec d'autres agents. Poirot n'est pas là même s'il est évoqué... Et heureusement, MacWhirter réapparait. 

Un bon petit Agatha Christie, avec une théorie intéressante, portée par le titre et l'avocat de Mrs Tressilian : le crime n'est que l'aboutissement, le zéro... mais il y a toute une pelote à remonter pour le comprendre. 



mercredi 21 juin 2017

Night and day

Ce Virginia Woolf ne restera pas parmi mes favoris. Je l'ai trouvé un peu bavard, et finalement assez loin de ce que j'avais apprécié dans mes précédentes lectures, ce monologue intérieur continu, qui s'intéresse plus à la pensée qu'à l'action. Car si l'on sent bien que Katherine Hilbery est sans cesse en proie à ce flux de pensées, qui l'éloignent bien souvent du monde, le lecteur n'y a pas forcément accès. 

Alors, le plot ? Londres. Katherine Hilbery, petite fille d'un grand écrivain, aide sa mère à écrire la biographie de l'illustre grand-père. Tea-time, lettres à recopier et équations (en cachette) forment son quotidien de jeune femme de bonne famille. Ralph Denham, juriste, tombe amoureux d'elle suite à une tea-party. Mais il n'est pas du même milieu qu'elle. Lui doit travailler et entretenir sa famille. Ah oui, et Mary est amoureuse de Ralph. Et c'est aussi une bonne amie de Katherine. Elle travaille pour être indépendante économiquement, et avoir des droits politiques. Voilà notre suffragette ! Il y a enfin William Rodney, un écrivain en devenir, un peu imbu de lui-même, qui doit épouser Katherine. Mais qui lui préfère sa cousine, Cassandra. Oui, c'est un peu compliqué les sentiments des uns et des autres... Et ce n'est pas forcément ce qui nous intéressera le plus durant la lecture. 

La question des classes sociales, du mariage, du travail des femmes, etc. que nous transmet Virginia est autrement plus intéressante. Et permet aux personnages de s'exprimer librement... Oui, William n'est pas mon idéal masculin avec cette réplique : 
"But for me I suppose you would recommend marriage ?" said Katherine, with her eyes fixed on the moon. "Certainly I should. Not for you only, but for all women. Why, you're nothing at all without it ; you're only half alive ; using only half of your faculties ; you must feel that for yourself".
Déçue par cette construction finalement assez classique, pas encore réellement woolfienne, j'ai retrouvé cette impression de marées, non pas dans les pensées des personnages, mais dans leurs sentiments, qui hésitent, qui disparaissent et réapparaissent, à mesure des jours... et des nuits. C'est fou d'ailleurs la différence des caractères selon que l'action prend place le jour ou la nuit, vous y serez attentifs si vous le lisez ! 

Et déçue aussi par les personnages, qui m'ont assez peu intéressée. Seule Mrs Hilbery, finalement plus fine et plus attentive qu'elle n'y parait, m'a pas mal amusée.

Quelques autres phrases glanées :

"You sound very dull", Katherine remarked, for the second time. "Merely middle class," Denham replied. "You pay your bills, and speak the truth. I don't se why you should despise us"

"It's curious", Mr Hilbery continued, agreeing with his daughter, "how the sight of one's fellow-enthusiasts always chokes one off. They show up the faults of one's cause so much more plainly than one's antagonists. One can be enthusiastic in one's study, but directly one comes into touch with the people who agree with one, all the glamor goes. So I've always found"

lundi 19 juin 2017

La mise à nu des époux Ransome

Drôle d'histoire que celle de ce couple cambriolé un soir de sortie à l'opéra. 
Mr et Mrs Ransome se retrouvent sans rien. Tout à disparu. Jusqu'au papier des toilettes, la marmite et son pot au feu, la moquette... Il ne reste rien.

La police ne sait pas trop quoi faire ou dire. La psychologue ne voit pas trop non plus. Mr Ransome reprend son métro-boulot-dodo mais n'a plus moyen d'écouter Mozart, ce qui le déprime. Mrs Ransome redécouvre son quartier en achetant ce qui manque (c'est à dire tout). Ce changement de cadre invite Mrs Ransome à sortir de ses habitudes. Son mari a plus de mal. Et puis, un jour, le mystère s'éclaircit.

Un roman d'Alain Bennet, l'auteur de La reine des lectrices, qui n'est pas aussi abouti que ce dernier. Absurde mais pas toujours drôle, léger et rapide mais souvent trop, il se lit en moins d'une heure et risque de laisser des souvenirs pour moins d'un mois. Absolument pas indispensable mais très british spirit.