mercredi 18 avril 2018

La clef de Gaïa

C'est un peu par hasard que nous sommes tombés sur ce spectacle au théâtre des Mathurins. C'est un one woman show de Lina Lamara, accompagnée par Pierre Delaup à la guitare.

Entre histoires et chansons, notre actrice se dédouble, devenant Mouima, une grand-mère algérienne, ou Gaïa, la petite française. Et l'on voit Gaïa grandir, de petite fille à femme, et Mouima vieillir et raconter de plus en plus la vie d'avant. Histoire de cultures qui changent, de secrets qui se confient de femmes à femmes... C'est tendre, c'est parfois triste et violent (moment guerre d'Algérie qui vient assombrir le spectacle et ne s'y intègre qu'à moitié), mais dans l'ensemble c'est gai, poétique et chantant. Une jolie découverte !


lundi 16 avril 2018

La dernière fugitive

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu cette auteur. D'ailleurs, je ne suis pas sûre d'avoir déjà lu Tracy Chevalier traduite. Je n'en attendais rien de spécial. Le bouquin trainait sur ma PAL, il était bleu...
Galen Kallela Imatra hiver

Grace et Honor quittent l'Angleterre pour rejoindre Adam, le fiancé de Grace dans l'Ohio. Honor, abandonnée par son promis, décide d'accompagner sa sœur. Mais jamais elle n'imagine ce qui l'attend. D'abord l'horrible traversée, puis la mort de Grace et l'arrivée chez Adam Cox... De quoi déstabiliser la jeune et discrète quaker. Tant bien que mal, Grace s'adapte à ces nouveaux paysages, à ces personnes brutales, à ces villes en chantier. Elle rencontre Belle, une modiste qui devient son amie. Donovan, son frère, un chasseur d'esclaves. Et puis la communauté de Faithwell. La jeune brodeuse va-t-elle y trouver une place ?

Honor, découvre aussi en Amérique le chemin de fer clandestin, réseau des personnes qui aident des esclaves à gagner le Canada. Petit à petit, elle rejoint ce réseau, au grand dam de sa famille. 

Un joli roman d'initiation de cette jeune Honor, qui cherche à ne pas faire mentir son nom. Un roman très féminin, autour de la vie familiale, du travail de la ferme, de la religiosité, de la couture... Une belle évasion !

jeudi 12 avril 2018

Landfall

Voilà un livre dont j'ai complétement manqué la sortie et qui s'est retrouvé par hasard entre mes mains. J'ai commencé à le feuilleter, curieuse, et j'ai eu du mal à m'arrêter. Je ne sais pas bien ce qui m'a plu dans cet ouvrage d'Ellen Urbani. Peut-être la recherche de Rose, peut-être l'ambiance apocalyptique post Katrina, peut-être l'écriture ? Beaucoup de belles choses. 

C'est un roman à deux voix. Celle de Rose et de Rosy, une blanche et une noire, l'une à Tuscaloosa, l'autre à la Nouvelle-Orléans. Du côté de Rose, on a tendance à avancer dans le temps tandis que chez Rosy, on recule. Et ce pour une raison très simple : Rosy est morte percutée par la voiture de Gertrude, la mère de Rose. Livrée à elle-même, l'adolescente va chercher à retrouver les parents de Rosy pour les avertir. Car la police n'a pas réussi à remettre la main sur eux. 


A travers cette quête, le lecteur découvre deux jeunes filles, d'âge similaire, que leurs mères ont élevées seules. Rapports mère-fille bien différents, façon d'élever les enfants, fragilités et maladie... Mais c'est aussi un visage des Etats-Unis qui se révèle. Celui du contraste entre les plus vulnérables et les autres, entre les bandits et les bons bourgeois. C'est toujours un peu le far west, mais avec quelques nuances.
Seul bémol, la fin, que j'avais deviné depuis le début et qui fait un peu trop happy end. 

Un roman puissant, bien ficelé malgré la rigidité de l'alternance entre les voix. A découvrir !

lundi 9 avril 2018

Le boulevard périphérique





Ce Henry Bauchau, pourtant au top sur ma LAL, n'est finalement pas mon préféré. Je crois qu'il manquait de héros mythologiques à mon goût. Ou que ma lecture d'Oedipe sur la route était trop présente. Ou L'Enfant bleu. C'est le problème quand on engloutit tout un auteur d'un coup, on fait des indigestions.


C'est une étrange histoire que celle-ci, à deux temporalités. La jeunesse du narrateur, qui escaladait avec Stéphane, qui est entré dans la Résistance, qui a retrouvé trace du meurtrier de Stéphane après la guerre. Et l'aujourd'hui d'un quotidien de transports en communs ou de périph' entre sa maison, l’hôpital où il travaille et celui où il visite sa belle-fille malade. 
Un personnage qui fait le pont entre un ami de jeunesse et une femme en fin de vie. Un personnage que l'on peine à rassembler entre ces deux extrêmes. Et dont les interlocuteurs n'ont pas tous la même épaisseur. Ce Stéphane mystérieux, qui occupe la mémoire, prend souvent plus de place que cette Paule suffoquant derrière son masque. 
Un personnage coincé entre une culpabilité latente et l'obligation d'accompagner l'autre. Tournant en rond sur son périph' récurrent. N'osant pas prendre les devants. 
Un personnage méditant sur la mort et ses diverses formes, sur son effacement de nos vies et la douleur malgré tout dévastatrice.

Un beau roman, mais pas au bon moment, qui n'en fera pas un inoubliable.

jeudi 5 avril 2018

Feminismo para principiantes

C'est une des mes collègues qui m'a passé cet ouvrage de Nuria Variela en m'expliquant que, grâce à lui, elle avait mieux compris les enjeux du féminisme. Et c'est vrai qu'il est bien fichu, commençant par un historique du féminisme mondial, puis espagnol, avant de s'attacher à tous les champs concernés (pouvoir, économie, corps, culture, violence etc). S'attachant à la justice, le féminisme dénonce toutes les inégalités subies par les femmes pour l'unique raison qu'elles sont femmes. Chaussez vos lunettes violettes, comme dirait l'auteur, et entrez dans ce livre !

Historiquement, c'est au siècle des Lumières que se font entendre les premières voix de femmes qui revendiquent des droits à l'éducation, au vote... aux mêmes droits que ceux que réclament les hommes à la Révolution. Bien entendu, elles ne sont pas entendues. Et Olympe de Gouges finit sur une guillotine. Deuxième moment fort, au XIXe siècle avec les suffragettes. On parle un peu du Deuxième Sexe (que j'ai bien envie de relire avec mes nouvelles lunettes). Troisième temps autour de l'origine de la National Organization for Women et des différents mouvements féministes du XXe siècle.

Puis elle s'intéresse à la construction de la compréhension du monde, régie par les hommes. Elle parle d'androcentrisme, ou l'homme (au masculin) est la mesure de toute chose. Et du patriarcat où l'homme est chef de famille et a pouvoir sur la femme, les vieux sur les jeunes etc. Cette structure de pensée et de pouvoir est vue comme la seule façon d'ordonner le monde. Elle signale que la norme est toujours le masculin. C'est ce qui n'est pas questionnable, ce qui est normal. L'homme agit et parle au nom de l'humanité. En contrepartie, le féminin est l'analysable, le truc à définir...


Dans un second temps, elle analyse la place de la femme selon les thématiques nommées plus haut. Pour ce qui est de l'économie, je suis frappée par le fait que les métiers, s'ils sont exercés par des femmes n'ont pas le même nom, ni le même salaire que les hommes : "elles sont cuisinières, ils sont chefs ; elles sont modistes, ils sont stylistes ou grands couturiers". Et quel place pour le travail des mères au foyer ? Dont l'objectif n'est pas de faire des bénéfices mais d'accompagner la vie. C'est d'ailleurs un véritable enjeu que cette question de la maternité : on accuse les femmes de la baisse de la natalité, cite Nuria, parce que c'est plus facile : mais s'il y a une baisse de natalité, c'est parce que les hommes n'ont pas voulu s'occuper de l'éducation de leurs enfants. Ni même la société. La maternité est toujours un obstacle au développement professionnel de beaucoup de jeunes femmes. Et les temps de loisirs pour les mères restent du domaine du rêve. 

La question des violences sur les femmes, qu'il s'agisse des femmes battues, mutilées, excisées est aussi brulante. Et l'on a souvent tendance à la confondre avec la violence tout court, comme s'il n'existait pas une violence particulièrement dirigée contre la femme.

Puis elle aborde la question du corps. Et là, les écailles me sont tombées des yeux. Ou presque. Elle signale un bouquin que je vais m'empresser de chercher en bibli, Le Harem et l'Occident de F. Mernissi. Elle y explique la violence symbolique qu'exercent les images des mannequins sur toutes les femmes. En Orient, l'homme établit sa domination à travers l'espace : les femmes sont exclues des lieux publics et dans les lieux privés, les zones sont différenciées. L'homme occidental manipule le temps : il affirme que la femme est belle quand elle a quatorze ans. Il en fait un idéal de beauté qui condamne à l'invisibilité la femme mûre. Elle parle d'un harem de la taille 38 ! C'est le même type de violence que celle du voile ou des pieds bandés de la Chine féodale. Elle cite La domination masculine de Bourdieu  « La force symbolique est une forme de pouvoir qui s’exerce sur les corps, directement, et comme par magie, en dehors de toute contrainte physique ; mais cette magie n’opère qu’en s’appuyant sur les dispositions déposées, tels des ressorts, au plus profond du corps ». Puis il est question de l'appartenance du corps féminin, au delà de sa normalisation.

On passe ensuite à la question culturelle avec cette intro intéressante : normalement, c'est l'ordre alphabétique qui régit le dictionnaire. Mais on y trouve toujours le masculin (en "o" en espagnol) avant le féminin (en "a" en espagnol). Ainsi nous dit-elle, gato précède gata. Car les dictionnaires ne reflètent ni la réalité, ni la langue, ni le monde. Il reflètent seulement le pouvoir de ceux qui les écrivent. Et bim ! Elle revient sur les formes de coercition culturelle exercée sur les femmes comme celui d'Arabie Saoudite par exemple. Et se demande s'il l'on en est si loin avec le patriarcat de "consentement" de nos démocraties occidentales où se reproduisent les inégalités à travers mythes et stéréotypes.

Et puis, elle rappelle que le féminisme n'est pas une théorie du pouvoir mais de l'égalité, contrairement au machisme qui établit une hiérarchie. Il se construit sur un préjugé initial, celui de l'inégalité naturelle, non biologique mais entre les droits des uns et des autres. Autre préjugé : les féministes sont des suffragettes célibataires et sexuellement insatisfaites alors que nombre d'entre elles sont mariées et mères de famille. Et la liste est longue !

Ouvrage très complet, regorgeant de sources et d'ouvrages qu'on a envie de lire en le refermant. C'est dense, c'est riche, ça ouvre les yeux, ça questionne... A mettre entre les mains de beaucoup d'hommes et de femmes !
 

lundi 2 avril 2018

Danser les ombres

Haïti, l'esprit Ravage s’arrête devant Lucine et promet de bouleverser sa vie. Peu de temps après, sa sœur Nine meurt, laissant deux orphelins. Lucine part à Port au Prince, annoncer la nouvelle au père. Elle y retrouve la vie de ses années d'étudiante, ce bouillonnement, cet appel à la lutte. Et elle y recroise des personnes oubliées. 
Matrak, taxi, vient de perdre son coq. Il sent bien que les esprits sont contre lui mais il est décidé à lutter. 
Saul, le batard, pas encore médecin, soigne les pauvres. Il se réunit avec Tess, Sénèque et les autres dans un vieux bordel pour refaire le monde. A côté d'une école de jolies infirmières. Tout démarre avec les voix, les personnages que l'on découvre petit à petit, puis qui se croisent, se voient, se rencontrent. Puis se perdent avec le tremblement de terre... Jusqu'à confondre les morts et les vivants.

Un Laurent Gaudé qui n'a pas ce souffle épique du début à la fin, mais qui monte progressivement en puissance, jusque à cette fin hypnotique, cette danse des vivants et des morts qui subjugue le lecteur et lui fait oublier le début un peu lent.

jeudi 29 mars 2018

Dans la peau d'un migrant

Vous l'avez compris par certaines lectures ou films, la question des migrants m'interpelle. Je n'ai donc pas hésité longtemps devant ce titre d'Arthur Frayer-Laleix croisé dans ma bibliothèque. Sa démarche est intéressante, il se propose des petites incursions dans les lieux clés pour les migrants : les lieux qu'ils fuient, les villes qu'ils traversent et où ils s'établissent pour gagner leur vie en attendant de reprendre la route, les lieux où ils passent, ceux où ils attendent... 


Le périple débute au Pakistan où un ami du journaliste l'accueille dans sa famille. Vêtu en pachtoune, vivant avec les frères d'Hanan, il plonge dans la réalité d'un pays corrompu, en proie à des attentats hebdomadaires. Il y rencontre un passeur, un ancien apparatchik, Amine, qui lui raconte comment il est organisé, en distillant quelques informations. Et l'on découvre petit à petit ce monde clandestin financé par les hawalas, des banques informelles. 
"Sârrâf ("banquier" en arabe) est un mot que j'ai déjà entendu au Pakistan. C'est sur ces agents de change que repose le système de paiement baptisé hawala, utilisé depuis le Moyen Âge par les Indiens et les musulmans pour transférer des sommes d'argent d'un bout à l'autre de la planète à l'abri de tout contrôle politique et bancaire [...] Tout le système est basé sur une confiance inconditionnelle entre les Sârrâf qui tissent le réseau à travers le monde, ainsi que sur des jeux d'écriture. Au lieu de faire circuler les billets de banque d'un pays à l'autre, les sârrâf s'échangent les dettes et les créances de leurs clients"
Ressortant sa carte de presse et son passeport français, Arthur/Akhter se rend aussi à l'ambassade et s'intéresse au regard des fonctionnaires sur l'immigration. 
C'est aussi immergé dans les réseaux de clandestins qu'il enquête à Istanbul, où il découvre les quartiers et les ressources des diverses communautés exilées, qui rassemblent de l'argent pour continuer le voyage. Logement, travail, soins, passage... comment se passent ces différents moments quand on vient d'Afrique ou d'Afghanistan ? Là encore, Arthur laisse sa carte de presse et suit au plus près les candidats à l'immigration.
Après la Turquie, la Bulgarie avec une tentative de franchissement illégal de frontière (en réalité, un coup monté pour voir comment est accueilli un migrant) de la part de notre journaliste... Qui découvre que la police bulgare n'est pas des plus hospitalières. Et qui se fait repousser en Turquie. Ce qui est illégal bien sûr. Et qui n'existe pas selon les autorités.
Enfin, passage à Calais pour découvrir les différents moyens de passer la Manche, les groupes qui organisent le passage. Et les jugements de ces derniers dans les tribunaux français.

Un ouvrage passionnant, qui se lit comme un roman, mais qui reflète une réalité pas très glorieuse : corruption, atteintes au droits de l'homme, esclavage (ou presque)... Pour une arrivée aléatoire en Europe et une déception à la découverte d'un quotidien moins rose que prévu. Très bien écrit, avec des titres de chapitres toujours alléchants et des rencontres fortes, il nous plonge dans un "cinquième monde" aux rythmes et règles propres.

"En écoutant les explications d'Ayoub, une idée prend forme dans mon esprit : on ne comprend rien à l'immigration massive vers l'Europe si on ne regarde pas les vagues d'immigration régionale qui la précèdent. Pour saisir la dynamique du grand voyage européen, il faut d'abord examiner toute les tentatives infructueuses des migrants pour s'installer dans des pays voisins"

"Peut-on encore dire que Kamal, Rangin, Thierry Henri font partie du "Tiers-monde" ? Ils me donnent plutôt l'impression d'être en transit permanent. Comme si la route vers l'Europe avait créé à Istanbul - et ailleurs - un univers autonome, invisible des touristes. Comme si le monde des migrants était devenu un "cinquième monde""

"Le 16 décembre 2013, quelques semaines après mon retour, la Turquie et l'Union européenne ont signé un accord "clandestins contre visas". La Turquie s'engage à reprendre tous les immigrants illégaux qui ont transité sur son sol, en échange de quoi l'UE promet d'ouvrir les négociations en vue d'exempter les turcs de visas pour entrer sur son territoire. Ce pacte fait de la Turquie le grade frontière de l'Europe, tout comme la Lybie a servi un temps de sentinelle à l'Italie, et tout comme aujourd'hui la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la petite ile de Nauru abritent des centres de rétention australiens pour clandestins. Ou comment refourguer la question migratoire à d'autres pays moyennant quelques arrangement financiers"

mercredi 28 mars 2018

Deux mensonges et une vérité

Ils nous avaient demandé une sortie au théâtre, de préférence un boulevard. Nous avons repéré cette pièce au Théâtre Rive Gauche. Le plot est simple : un couple fête ses 27 ans de mariage, il se réjouit de l'absence de surprise et de stress dans leur relation. Elle espère toujours le surprendre. Il lui propose un jeu : ils doivent se dire deux mensonges et une vérité. Lorsqu'elle lui annonce qu'elle a un enfant avec un autre homme, qu'elle a fait de la prison et qu'elle a changé de nom, il rit jaune. Et commence une enquête sur sa femme...

Leighton Pavonia

Menée par Lionnel Astier, cette comédie nous fait passer un bon moment. Elle peine un peu à démarrer et la fin est tout à fait décevante mais l'entre deux est plutôt agréable. Les répliques sont toutefois un peu lourdes et répétitives. On aurait pu faire plus court. 

lundi 26 mars 2018

Journal

Le Journal d'Hélène Berr fait partie de ces livres que j'hésite à ouvrir. Peur d'entrer dans l'intimité d'une vie, dans la violence d'un temps... 

On entre à pieds joints dans le quotidien d'Hélène, dans ses cours, dans ses réunions amicales, ses flirts, ses lettres, ses occupations. Paris est occupé mais ça ne se voit pas trop. La vie continue, douce et stimulante pour cette jeune intellectuelle. Et puis, orage dans cette vie tranquille et insouciante, le père d'Hélène est arrêté et emprisonné à Drancy. Voilà qui rend la menace plus concrète et qui ouvre les yeux d'Hélène. A partir de ce moment, la fraîcheur demeure mais l’émerveillement naïf est révolu. Elle s'engage, elle suit les déportations, elle écrit... Et jusqu'à sa déportation, on suit les craintes d'Hélène, ses interrogations, ses considérations sur l'humanité.

S'il n'a pas la puissance du journal d'Anne Frank ou d'Etty Hillesum, il constitue un témoignage intéressant de la période. Mais ce n'est peut-être pas le plus essentiel.

mercredi 21 mars 2018

Devance tous les adieux

Je suis une victime du marketing. Ce sont les jolies couvertures des éditions Points qui m'ont fait choisir ce livre. Et la préface de Bobin. Mais c'est aussi une jolie découverte que cet ouvrage d'Ivy Edelstein. C'est un livre hommage à un père disparu. Un père trop sensible, trop fragile pour ce monde. Un père qui a préféré se retirer.

Ce sont des mots à ce père, des souvenirs de ce père, des mots à cet enfant seul, devenu soudain "l'homme de la maison". Ce sont des phrases ciselées, les mots d'un chagrin apprivoisé, et d'un geste toujours incompris. Est-ce une oeuvre de "développement personnel" ? Je n'en suis pas sûre. Pas de conseils, pas de réconfort dans cette approche de la mort. Une histoire personnelle, un bout de vie et d'amour...

"Ma fille me lance, haute comme quelques pommes : "Je sais pourquoi il est mort ton papa. Il est mort parce qu'il ne savait plus vivre"
"En serrant sa veste de costume contre moi et cette odeur d'un papa qu'on aime tant, cette pensée me saisit : il a eu une vie sans rien mon père, une vie juste avec une suite de petits événements. Et je ne sais que faire de ce que je ressens"

lundi 19 mars 2018

La vie est ailleurs

C'est vraiment bizarre de relire un auteur qu'on a adoré ado et de découvrir que l'on est nettement moins fan. C'est ce qu'il vient de m'arriver avec ce titre de Milan Kundera. Je n'avais pas de souvenir précis de celui-ci, puis, en commençant ma lecture, certains passages m'ont paru très familiers. Notamment celui du rêve de Xavier (qui est certainement le moment que j'ai le plus apprécié, sur le thème de "la vie est un rêve"). Pour le reste, je demeure circonspecte. 


Oui, c'est souvent de l'humour noir et notre anti-héros est un salaud malgré lui. Oui, le thème de la mère étouffante est intéressant, tout comme celui du poète et de l'art moderne. Mais ceci n'est-il pas finalement une vaste plaisanterie ? La fin ridicule du poète tend à nous le prouver. 

De quoi ça cause ? De Jaromil, né à Prague d'une mère romantique et d'un père pragmatique entre deux guerres. Celui-ci sera hors du commun, c'est sûr ! Enfant, il a déjà tous les talents. Adolescent, c'est un artiste. Adulte, il ne l'est jamais vraiment. Comme si le poète restait adolescent, tourné sur lui-même, sur son idéalisme, sur ses idées. Et finalement influençable sans s'en rendre compte. Vendu au régime qui lui donne une demi-heure de gloire. Image glaçante du poète, enfermé dans son monde et prêt à tout pour être aimé. Image terrible des êtres égoïstes en carence d'affection. 

C'est certainement un grand roman, qui se moque des poètes et les caricature, qui s'inspire d'un Rimbaud, mais qui laisse un goût très amer.

mercredi 14 mars 2018

Sommeil

Diana Block, MirrorCroisé chez ma sœur et aussitôt dévoré, il ne m'a pas filé d'insomnie, ouf ! Car c'est ce qui nous guette dans cette nouvelle de Haruki Murakami au personnage insomniaque et aux illustrations psychédéliques de Kat Menschik.

Elle est femme et mère. Elle ne travaille pas. Mais sa journée est rythmée. Lessives, cuisine, ménage, piscine. Elle fait vivre le foyer. Mais ne passe-t-elle pas à côté de sa vie ? C'est ce dont elle se rend compte durant ses 17 nuits d'insomnie. La première nuit, elle espère se rendormir mais Tolstoï la maintient éveillée toute la nuit. Puis les jours suivants. Sans que jamais elle ne ressente de fatigue. Seulement de la distance par rapport à sa vie quotidienne, son mari, son fils. Une seconde vie s'offre à elle, à travers la littérature. Mais quelle vie ?

Rêve ou réalité ? Quel destin ou quelle vie pour ce personnage ? S'éveiller à soi-même en refusant le sommeil ? Autant de questions qui se posent en reposant le livre fantastique et fantasque...

jeudi 8 mars 2018

Les portes de Damas

Tous les bouquins qui trainent dans ma PAL ne sont pas forcément des bonnes surprises, des pépites restées enfouies sous d'autres pépites. C'est par exemple le cas de ce titre de Lieve Joris. Je suis complétement passée à côté de ce roman.


Deux copines, Lieve et Hala, qui se sont connues pendant une conférence à Bagdad vont se redécouvrir dix ans plus tard. Bien des choses ont changé depuis l’élection de Hafez al-Assad. Et la première guerre du golfe est passée par là. Ahmed, l'époux de Hala, est en prison depuis des années. On se méfie de tout et de tous. La vie de famille est omniprésente, voire étouffante. Lieve a du mal à savoir ce qu'elle fait là, ce qu'elle cherche dans les rues, près des plages ou dans les sables de Damas, Alep, Latakieh, Palmyre... 
Elle nous livre donc des conversations familiales et les rites propres à la maison de Hala, les liens avec sa famille. C'est un positionnement curieux car il n'y a aucune chaleur dans cette amitié et il n'y a rien non plus de journalistique dans la description de ce qui se passe. C'est un entre deux pas très confortable pour la lectrice que je suis. Je n'ai jamais pu rentrer réellement dans l'ouvrage. Dommage car cela aura pu être un témoignage intéressant de ce qu'était alors la Syrie.

lundi 5 mars 2018

C'est vert et ça marche !

C'est le Livre de Poche qui m'avait fait parvenir cet essai de Jean-Marie Pelt il y a quelques années, alors que je chroniquais une sortie par mois. Oui, j'ai mis un peu de temps à le lire alors que le sujet du développement durable m'intéresse beaucoup.

Après un petit point sur la situation écologique du monde, qui se veut comme un appel à l'action plus qu'un épouvantail, cet ouvrage recense des initiatives écologiques et durables dans des domaines aussi variés que les transports, l'énergie, le bâtiment, les déchets, la santé ou l'agriculture. Et il les expose en quelques paragraphes. Issus de tous les continents, ces exemples sont des alternatives séduisantes et optimistes. De belles choses qui viennent compléter ce que j'ai pu lire chez Marie-Monique Robin ou Coline Serreau


vendredi 2 mars 2018

Don Quichotte, farce épique

On m'a offert ce joli cadeau récemment. En même temps qu'une place pour le ballet Don Quichotte qui se jouait à l'opéra Bastille en janvier. Je ne vous ai pas parlé du ballet. Coloré, drôle, centré sur des intrigues amoureuses, il parle de Barcelone, des gitans et des toreros. Don Quichotte est plutôt un prétexte. Il transforme la réalité et a même des visions. Mais le coeur du ballet est plutôt dans les exploits des amants pour obtenir la permission de se marier. 

Bref, ça ne vous renseigne pas du tout sur le spectacle qui se joue au Lucernaire jusque fin mars. Il s'agit d'une improvisation (tout de même bien rodée) autour de Don Quichotte. On reprend les moments forts et on les met en scène. Le duo Sancho/Quichotte fonctionne à merveille. C'est drôle, du gras au plus léger, c'est simple. ça cause de chevalier errant et de pouvoir de l'imagination. ça n'aurait pas déplu à Cervantès (enfin, j'espère).